L’essentiel négligéCe plan néglige donc l’essentiel: une mobilisation populaire autour de l’idée même de pays. Un pays pour quoi? Un pays comment? À quoi ressemblerait-il sur le plan des institutions démocratiques et des valeurs communes?
Le pays dont nous rêvons, à Québec solidaire, n’est pas celui du Réseau Liberté. Nous voulons un pays pour tout le monde, où le développement est résolument durable, où l’État redistribue la richesse, où des services publics sont assurés partout, un pays d’ouverture et d’accueil. Nous ne serons pas des «porteurs de gaz» au profit de quelques-uns, car cela n’est pas l’indépendance. La nôtre, c’est celle de tout un peuple qui, nous le pensons, veut vivre dans la justice, l’égalité, le respect de l’environnement. En français.
Ces temps-ci, beaucoup de gens se demandent où s’en va le Québec: diminution et privatisation des services publics, mais tarifs plus élevés pour la population, exploration de gaz de schiste sans l’accord des communautés, accroissement des écarts de richesse, maintien des écoles passerelles, allégations répétées de corruption et de collusion entre le monde de l’entreprise et celui des politiciens.
S’il fallait que le pays du Québec ressemble à cela, quel intérêt? La population est désabusée et désenchantée lorsqu’elle observe la vie politique. Elle est sévère, et à bon droit, envers beaucoup de politiciens. Pourquoi ne pas lui proposer un projet, un défi à la mesure de ses rêves? Et surtout, lui permettre de participer pleinement à son élaboration.
Une assemblée constituante
Voilà pourquoi Québec solidaire propose la mise sur pied d’une assemblée constituante pour avancer dans la définition de l’avenir politique du Québec. Il s’agirait d’une grande assemblée citoyenne élue au suffrage universel, paritaire (hommes-femmes; ses membres proviennent de toutes les régions, de toutes les communautés et de tous les horizons politiques).
Son mandat serait de susciter et d’organiser un débat collectif sur l’avenir politique du Québec et sur un projet de constitution. Le Québec a-t-il besoin de la souveraineté pour se développer pleinement? Quelle constitution voulons-nous pour le Québec? Une constitution, c’est le texte fondateur d’une nation, celui qui définit ses institutions politiques et ses valeurs communes. D’autres pays ont rassemblé leur peuple autour d’un projet de constitution, et cela a donné lieu à de vastes mouvements citoyens, à de grands débats publics. On pense ici à la France, à l’Afrique du Sud, à la Bolivie. Au terme de cette démarche, l’assemblée constituante consulte le peuple par voie référendaire sur l’avenir politique du Québec et sur un projet de constitution.
Chicanes stériles
Un gouvernement solidaire remettrait donc entre les mains d’une assemblée populaire l’immense responsabilité de rassembler nos concitoyens, de les mobiliser, d’imaginer avec eux le pays rêvé. Ce processus a le grand avantage de n’être lié à aucun parti politique en particulier. Après tout, une discussion sur la question nationale appartient au peuple tout entier, et non aux seuls politiciens!
Voilà ce que propose Québec solidaire. Je m’adresse ici aux souverainistes, jeunes et moins jeunes. L’avenir du Québec nous appartient. Il ne peut reposer sur d’interminables chicanes stériles avec Ottawa. Pourquoi ne pas retrousser nos manches et discuter ensemble du pays que nous voulons? Dès maintenant.
Fouettée par la fronde des 50 jeunes souverainistes, la présidente de Québec solidaire, Françoise David, critique à son tour le plan du Parti québécois pour la souveraineté, qu’elle qualifie de «bureaucratique» et «ennuyant».
Dans une lettre remise à Rue Frontenac, à La Presse et au Devoir, Françoise David écrit que le plan péquiste de promotion de la souveraineté «néglige l’essentiel: une mobilisation populaire autour de l’idée même du pays».
«Un pays pourquoi? Un pays comment?» écrit la coprésidente du parti dans cette lettre adressée aux jeunes souverainistes.
Mme David a indiqué à Rue Frontenac, dimanche soir, que Québec solidaire partage l’impatience des jeunes souverainistes ayant critiqué le programme péquiste adopté sous le leadership de Pauline Marois. Ils ont fait savoir leur déception dans une lettre retentissante au Devoir, la semaine dernière.
«On aimerait ça entrer dans le débat nous aussi et dire aux jeunes souverainistes: Il n’y a pas seulement que le Bloc québécois et le PQ qui sont souverainistes, il y a Québec solidaire aussi», a-t-elle dit.
Rassembler les troupes
Dans sa lettre, Françoise David relance l’idée de doter le Québec d’une constitution qui fait partie du programme de Québec solidaire et du Parti québécois et qui a déjà été évoquée par l’Action démocratique du Québec (ADQ).
À la différence du PQ, le parti de Françoise David et d’Amir Khadir plaide pour l’élection d’une assemblée constituante qui aurait le mandat d’organiser une vaste consultation nationale sur l’avenir du Québec. Cet exercice s’inspirerait de la commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables, de la commission Bélanger-Campeau tenue après l’échec de Meech en 1990-1991 ou de la consultation de 1994 ayant précédé le dernier référendum sur la souveraineté.
Les Québécois avaient participé massivement à ces commissions, rappelle Françoise David. Et des démarches semblables ont mené à l’adoption d’une constitution en Afrique du Sud et en Bolivie, après de vrais débats nationaux qui ont emballé la population, plaide-t-elle. Un référendum aurait lieu après l’assemblée constituante, selon la proposition de Québec solidaire.
Retour à l’étapisme
Comme les 50 jeunes souverainistes, la présidente de Québec solidaire met en doute l’efficacité du plan péquiste pour faire la promotion de la souveraineté. Le programme prévoit notamment l’acquisition de nouveaux pouvoirs comme la culture, l’immigration et les communications.
«Sur ce dernier point la confusion règne: si Ottawa dit oui, certains se demanderont pourquoi devenir un pays? Si Ottawa dit non, pensons-nous vraiment que la population québécoise va se soulever et réclamer un pays?» écrit Françoise David.
«L’avenir du Québec nous appartient. Il ne peut reposer sur d’interminables chicanes stériles avec Ottawa», ajoute-t-elle dans sa lettre.
Mme David a précisé ses critiques du programme péquiste en entrevue avec Rue Frontenac: «C’est une formule que j’appellerais un peu « bureaucratique », une sorte de stratégie par étapes. Je trouve ça un peu ennuyant, personnellement, en tout respect.»
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